‘Ali-Khan Tura Saghuni (1885–1976), aujourd’hui célébré comme un héros national à la fois ouzbek et ouïghour, a incarné un possible destin post-colonial pour l’Asie centrale. Prédicateur clandestin, emprisonné plusieurs fois en territoires soviétique et chinois, il présida une République islamique du Turkestan oriental soutenue par Staline, avant de revenir en URSS, à Tachkent, se consacrer à l’écriture. Peu à peu redécouverte, son œuvre le pose en penseur d’une dissidence musulmane.
Le désastre de Balasaghun et ses enseignements
Après deux ou trois jours sur place, nous rentrâmes à Töqmoq. L’hiver approchant, l’herbe commençait tout juste à ressortir de terre . Un matin, nous entendîmes quelqu’un appeler devant notre portail. Je vis qu’il s’agissait de Mirza Bay Aka, un voisin. Dès qu’il m’aperçut, il s’exclama, en larmes : « Je ne vous veux que du bien, moi, mais on parle beaucoup de vous, à ce qu’on dit, dans l’administration actuelle.
La meilleure chose maintenant, pour vous, serait peut-être de changer d’air, jusqu’à ce que les choses se tassent. »
Méditant ses propos, je décidai, par mesure de prudence, de passer à l’étranger et commençai donc mes préparatifs. Les autres points de passage étant trop éloignés, j’optai pour celui de Kashghar. Dawud Hajji, un élève doungane qui m’était tout dévoué, me rejoignit et nous nous mîmes en route.
—Amer Turkestan
