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© Luc Baptiste

Il est encore tôt dans l’après-midi, mais bien tard pour une après-midi de plein hiver. Le ciel est gris, l’obscurité gagne sous les arbres. Une brume inégale, ici et là épaisse, ailleurs diluée, s’étend sur le flot rapide et presque boueux de la rivière. La brume, la grisaille, le froid, la vapeur de mon souffle, tout y est pour jouer l’hiver. Je marche et croise des personnes qui terminent une promenade. Je marche, il me reste peu de temps, la nuit va tomber vite. J’oblique à travers talus et végétation vers la berge. Il n’y a plus personne dans cet endroit, du moins je le croyais.
Mais ils sont là, à quelque distance, une femme, un homme, avec un gros chien. Ils s’approchent, comme moi, de l’eau. Je sens leurs regards sur moi, dans cette fin de jour, dans cette brume qui recouvre l’eau et déborde sur la berge et puis qui se déplace, qui transforme le paysage en l’ouatant par endroits. Je les sens intrigués par ma présence que rien ne semble justifier : je n’ai pas de chien, je suis seul, manifestement j’attends. Oui, j’attends leur départ. Sont-ils en train de s’imaginer que je serais, là, en bordure de cette rivière glacée, animé de sombres desseins ? Peut-être.
Lorsqu’ils partent, il me reste peu de temps avant que l’obscurité enveloppe tout. Je photographie avec mon iPhone. Il y a parfois des moments de grâce quand on parvient à voir l’ordinaire, quand on le regarde — on veut le garder. Je le fixe par mes photos. En peu de temps, je trouve à cadrer dans ce paysage que pourtant je connais trop. Il y a la lumière du soir d’hiver, la brume, ma disponibilité pour voir les ombres, les lignes, les zones ouatées d’où rien ne transparaît, rien d’autre que des volumes mous que la brume modèle.
Je photographie avant que la nuit efface volumes et ombres, et les différences de lumière, et tout l’aspect d’un conte sombre que je vois dans ce paysage dans lequel il n’y a pas de personnages. Ils sont dans mon imagination, les personnages, elfes, sorcières en maraude, amantes sublimes et duplices, amoureuses égarées, personnages de mes histoires et de mes vies, laissés en arrière ou emportés — les paysages sont emplis de sublime quand on se prend à regarder, à vouloir garder.

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