Cette femme doit avoir en partie raison, j’ai vu un spectacle sur­prenant : les filles du pays moissonnant un champ d’avoine. Sous un soleil brutal, dépoitraillées, en sueur. Je me suis demandé si ça ne serait pas dû à la guerre, au manque d’hommes, mais non : il n’y a pas encore eu de mobilisation, les seuls garçons du village qui soient au front sont des volontaires — très peu et en zone ennemie, comme le Cagorcio. Il faut savoir qu’ici on ne nous appelle pas les républicains mais les Catalans, « los catalanes » ; si bien que les sympathies ou les antipathies n’ont rien à voir avec ce que l’on pense à Barcelone (si tant est qu’à Barcelone on pense quelque chose de cohérent), mais selon les sympathies ou les antipathies que la Catalogne leur inspire. Les derniers arrivés, cela nous surprend, mais c’est ainsi. Donc les femmes moissonnent parce que les femmes ont toujours moissonné, la patronne m’a dit encore que ce sont elles aussi qui font le dépiquage sur les aires, qui vendangent, qui ramassent le fumier. Et ces filles, elles seraient bien appétissantes si les coups de soleil et les lourds travaux ne les fanaient précocement ; et la saleté… À vingt ans elles paraissent vieilles. Beaucoup sont des blondes aux yeux clairs ; ici, manifestement, est très présente cette race qu’on dit nordique.
Partenariat : Tinta Blava

Bleu autour commercialise en direct les ouvrages littéraires (romans, polars) traduits du catalan qu’ont publiés de 2000 à 2009 les éditions Tinta blava fondées par Llibert Taragó, en particulier Gloire incertaine, suivi de Le vent de la nuit, de Joan Sales (traduction Bernard Lesfargues et Marie Bohigas), et Rue des Camélias, de Mercè Rodoreda.

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